Les humeurs des supporters (6)

JEUDI, 14 FÉVRIER 2019, 01:08 - Bomber
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OPINIONS Last but not least, voici l'humeur qu'Hervé m'a envoyée quelques heures avant la rencontre face à Zulte.
Partant d'événements footballistiques, Hervé élargit le débat pour en arriver à des considérations philosophiques sur la liberté de pensée et les valeurs sur lesquelles repose notre société.
Il nous suggère de réfléchir à nos paroles, à nos comportements et à nos actes et nous invite à retrouver le sesns du mot "respect".

Cher Bomber,

Que cela fait plaisir d’avoir pu te lire hier! Cela laissait un vide depuis quelques temps!

Je pensais écrire quelques lignes sur la situation catastrophique: en effet, même un jeune n’a pas connu une équipe aussi faible, aussi bas au classement, incapable de tenir 90 minutes sur un terrain…
Mais je me suis dit: à quoi bon? Cela change-t-il quelque chose? Depuis de nombreux mois non. En tout cas, tant joueurs que direction ne fréquentent pas ce site. Et bien ils devraient!
Le fameux esprit mauve qu’il faut insuffler, les valeurs mauves à intégrer aux nouveaux… qui doivent l’être par Zetterberg: je dis oui. Maintenant, un détour par ce site ne leur ferait pas de mal pour s’imprégner de ces valeurs. De fait, qui de mieux places que les supporters du club pour les incarner? Abstraction faite des hooligans et casseurs bien entendu.
Finalement, c’est plutôt sur le sens de certaines choses que je m’interroge. Et donc, je m’éloigne de l’équipe et du club, c’est certain.

Deux événements:

1/ Le premier, tu l’as relaté hier: l’attaque des “barakis” selon le vocabulaire consacré depuis 2 semaines maintenant. J’aurais plutôt tendance à utiliser “écervelé”, sans aucun sens des valeurs, sans aucune dignité… Rien. Le Néant. J’exagère? A peine. Et malheureusement.

2/ Les moqueries à l’encontre de la mémoire d’Emiliano Sala en Angleterre hier lors de Southampton-Cardiff. Dieu sait que je ne suis pas du genre émotif ou sentimental, mais mimer un crash d’avion en tribunes pour se moquer de la mort de quelqu’un… Qui-quels sont ces “personnes”? Aucun mot existant dans aucune langue ne peut les qualifier, voire n’a été inventé pour qualifier pareils énergumènes…

Cela m’amène à plusieurs réflexions qui dépassent le cadre strictement footballistique.
Aujourd’hui, l’on ne vit plus que pour se réjouir du malheur d’autrui, lui souhaiter du mal et l’abattre si possible, tant littéralement que de manière littéraire. Si je peux nuire à mon prochain, que de surcroît il me fait de l’ombre, et bien tant mieux. Egoïsme exalté, égocentrisme poussé à son paroxysme, frustration personnelle ? Pour moi cela n’explique pas tout.
Il faut bien voir qu’aujourd’hui si on pense différemment, qu’on aime autre chose (personnes, aliments, voyages, clubs de foot, parti politique…), on est traité comme de la m**** par ses semblables. On ne peut plus être différent en ce sens qu’on doit arrêter de faire ou penser ou ressentir ce qui nous fait nous sentir bien. A défaut, c’est directement l’insulte, la déconsidération, la décrédibilisation par les autres qui détiennent la vraie Vérité pure et qui ont Raison, sont forcément dans le bon tout le temps.

On ne peut plus avoir son propre avis, sa propre opinion sans que l’on soit cataloguer directement.
Un exemple? Gilets jaunes: Si on n’est pas avec eux, on est forcément contre eux. Evidemment. Et il en va de même des syndicats. Et des partis politiques. Et des entreprises, Et des supporters.
On ne peut pas, apparemment, avoir une autre façon d’appréhender les choses: se dire que oui, les revendications sont légitimes, beaucoup de personnes les partagent. Mais totalement désapprouver la façon de faire: en quoi la violence et la destruction dans l’espace public mènent à une solution? A rien visiblement, puisque hier se tenaient, comme la presse l’appelle, “l’acte XIII”.

Là où je veux en venir, c’est que la société, la vie, l’espace public, les tribunes des stades… sont devenus des espaces de confrontation perpétuelle. Les gens, dans le cas du foot, ne savent plus faire la part des choses. La rivalité entre clubs, c’est au stade. Point. Et éventuellement la discussion d’après match.
Après, c’est fini. Mais maintenant, ce n’est plus possible. Le fait d’être supporter de tel ou tel club (en fonction du point de vue) veut dire que l’on a telle tare ou non, car les gens ramènent cela partout: à leur travail, leurs diners de famille…
Résultat: confrontation permanente. Il n’est plus possible de tenir une discussion sensée où, même si l’on ne partage pas les idées, les valeurs, les goûts de l’autre, le conflit va prendre le pas.
Les gens sont de plus en plus convaincus d’être seuls à détenir LA solution.
Et nous vivons dans de soi-disantes “sociétés civilisées” nous, en Europe, d’autres en Amérique du Nord, en Asie de l’Est, en Australie… De toute manière, toutes les sociétés sont civilisées, selon leurs us et coutumes propres, qui forment leur société. Encore une fois, ce qui nous apparait comme différent est répulsif et nécessairement moins bien.

Une amélioration est-elle possible? Permettez-moi d’avoir de gros doutes quand je vois le comportement des gens.
Un jeune désabusé et aigri, qui n’a aucune idée de ce qu’est la vie n’est-ce pas, qui imaginait que la vie c’était se la couler douce en attendant que les autres le fassent pour soi ? Peut-être ce que certains penseront.
En tout cas, je sais que ce n’est pas ce qui est dans ma tête.
Les gens peuvent devenir raisonnables et se dirent que les autres ont autre chose à leur montrer, voire apprendre. A tout le moins, essayer de comprendre pourquoi l’autre pense ceci ou cela, fait ceci ou cela. Encore faut-il le vouloir.

Maintenant, recontextualisez cela par rapport aux incidents de Buizingen d’hier et les moqueries sur la mort de Sala. La seule ambition de ces lignes est que cela n’aurait pas dû se produire si l’on a un minimum de respect.

A bon entendeur,
 Salut.

 



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